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LA SIDRA DE BO
Notre Sidra est le prolongement de la paracha de Vaéra.  L’intervention de Moïse auprès de Pharaon continue. Le roi d’Egypte refuse toujours de libérer le peuple hébreu. Mais cette fois la menace qui pèse sur Pharaon devient plus sérieuse. Une série  de plaies s’abat sur l’Egypte. Des fois, Pharaon donne l’impression d’accepter la demande de Moïse. Des fois il s’entête, et maintient son refus. Cette attitude de Pharaon est difficile à comprendre, même pour Moïse. Comment Pharaon parvient-il à maintenir son refus de laisser partir les Hébreux en dépit de toutes les souffrances qu’il impose à son peuple? Comment se fait-il que le peuple qui est le premier à souffrir ne se soulève pas contre les décisions  irraisonnables de Pharaon ?

C’est D. qui va apporter la réponse à cet étonnement général. « C’est Moi dit l’Eternel qui endurcit le cœur de Pharaon…  afin que je manifeste mes prodiges en son sein »  Cette réplique de D. à l’acharnement de Pharaon dans son refus de libérer les Hébreux,  soulève un problème difficile. En vertu de quoi D.- qui accorde le libre arbitre à tout individu- porte –t-Il atteinte à son propre principe ? Pourquoi D. inflige-t-Il une souffrance intolérable à tout un peuple par la faute d’une seule personne ?  Pourtant, la volonté divine est de voir Pharaon accéder au désir des hébreux de recouvrer leur liberté.

Les commentateurs  avancent deux réponses :

a)           Les desseins de D. sont parfois impénétrables au commun des mortels. Il est vrai que Pharaon est un homme méchant, mauvais, et sanguinaire. Il a persécuté, torturé, tué les enfants mâles qui naissaient, rendu la vie intenable aux Hébreux par des travaux forcés. Il régnait par la terreur à l’égard des étrangers qui résidaient dans son pays.

Chez cet assoiffé de sang, Moïse arrive avec un mandat en main. Il est chargé de faire sortir les Hébreux d’Egypte. Comment  peut-il accomplir sa mission qui frise le miracle ? Il était clair et évident, que Pharaon avec sa personnalité et son caractère ne libérera pas les Hébreux de  sa propre volonté. Dans ce cas il ne restait que deux possibilités à L’Eternel pour contraindre Pharaon à laisser les Hébreux quitter librement l’Egypte. A) changer la nature de Pharaon et le rendre docile. B) Lui infliger des souffrances lourdes par la voie de la nature et les forces destructrices que recèle la nature.

Dans les deux cas, il est indispensable de modifier  soit la structure mentale de Pharaon, soit de changer les lois qui régissent la nature. D. a choisi la deuxième solution et préfère faire intervenir la nature que de changer le caractère de Pharaon. Car dans ce cas on aurait mis la liberté recouvrée des Hébreux sur le compte de la « bienveillance » de Pharaon. Or D. voulait montrer que c’est sa Providence qui agit sur l’Histoire et Pharaon n’est rien d’autre qu’un objet entre ses  mains.  La deuxième solution est en même temps une réponse à Pharaon qui a dit : «  Qui est Dieu pour que je lui obéisse?  Je ne connais pas D. » Avec Les dix plaies, l’univers entier  saura que L’histoire des Hébreux est providentielle.

b)           Une deuxième explication est avancée pour expliquer que D. durcit le cœur de Pharaon. Si l’on tient compte de la réserve faite à  la promesse faite à Abraham spécifiant, que  sa descendance héritera de la terre de Canaan après quatre siècles d’esclavage dans un pays étranger. Les Hébreux  ne devaient pas sortir d’Egypte. En effet, leur esclavage ne dure que depuis deux siècles. Afin que le délai promis à Abraham soit accompli, il était indispensable que le temps que l’Esclave consacre à son maître Pharaon, soit doublé. C’est pourquoi la souffrance des Hébreux a doublé d’intensité. Ces derniers ont fourni en deux siècles, sur le plan du rendement, ce qu’ils devaient fournir  en quatre siècles. Mais pour parvenir à ce résultat,  il fallait que Pharaon  refuse de les laisser sortir les Hébreux.

Un deuxième thème est soulevé dans notre Sidra. Nous constatons que Pharaon, après quelques plaies, montre une disposition plus nuancée et accepte de laisser partir seulement les adultes et de garder les jeunes en Egypte. Le refus absolu de Moïse nous incite à comprendre la valeur des jeunes. Ils constituent l’avenir du peuple juif. C’est pourquoi tous les efforts dans le monde juif  sont focalisés  sur les enfants. La pérennité du peuple juif occupe la place centrale dans son histoire. Et cette pérennité dépend de  la somme des efforts qui seront investis dans l’éducation des jeunes.

                                                                                             H.H 

 

 
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LA SIDRA DE BO
Notre Sidra est le prolongement de la paracha de Vaéra.  L’intervention de Moïse auprès de Pharaon continue. Le roi d’Egypte refuse toujours de libérer le peuple hébreu. Mais cette fois la menace qui pèse sur Pharaon devient plus sérieuse. Une série  de plaies s’abat sur l’Egypte. Des fois, Pharaon donne l’impression d’accepter la demande de Moïse. Des fois il s’entête, et maintient son refus. Cette attitude de Pharaon est difficile à comprendre, même pour Moïse. Comment Pharaon parvient-il à maintenir son refus de laisser partir les Hébreux en dépit de toutes les souffrances qu’il impose à son peuple? Comment se fait-il que le peuple qui est le premier à souffrir ne se soulève pas contre les décisions  irraisonnables de Pharaon ?

C’est D. qui va apporter la réponse à cet étonnement général. « C’est Moi dit l’Eternel qui endurcit le cœur de Pharaon…  afin que je manifeste mes prodiges en son sein »  Cette réplique de D. à l’acharnement de Pharaon dans son refus de libérer les Hébreux,  soulève un problème difficile. En vertu de quoi D.- qui accorde le libre arbitre à tout individu- porte –t-Il atteinte à son propre principe ? Pourquoi D. inflige-t-Il une souffrance intolérable à tout un peuple par la faute d’une seule personne ?  Pourtant, la volonté divine est de voir Pharaon accéder au désir des hébreux de recouvrer leur liberté.

Les commentateurs  avancent deux réponses :

a)           Les desseins de D. sont parfois impénétrables au commun des mortels. Il est vrai que Pharaon est un homme méchant, mauvais, et sanguinaire. Il a persécuté, torturé, tué les enfants mâles qui naissaient, rendu la vie intenable aux Hébreux par des travaux forcés. Il régnait par la terreur à l’égard des étrangers qui résidaient dans son pays.

Chez cet assoiffé de sang, Moïse arrive avec un mandat en main. Il est chargé de faire sortir les Hébreux d’Egypte. Comment  peut-il accomplir sa mission qui frise le miracle ? Il était clair et évident, que Pharaon avec sa personnalité et son caractère ne libérera pas les Hébreux de  sa propre volonté. Dans ce cas il ne restait que deux possibilités à L’Eternel pour contraindre Pharaon à laisser les Hébreux quitter librement l’Egypte. A) changer la nature de Pharaon et le rendre docile. B) Lui infliger des souffrances lourdes par la voie de la nature et les forces destructrices que recèle la nature.

Dans les deux cas, il est indispensable de modifier  soit la structure mentale de Pharaon, soit de changer les lois qui régissent la nature. D. a choisi la deuxième solution et préfère faire intervenir la nature que de changer le caractère de Pharaon. Car dans ce cas on aurait mis la liberté recouvrée des Hébreux sur le compte de la « bienveillance » de Pharaon. Or D. voulait montrer que c’est sa Providence qui agit sur l’Histoire et Pharaon n’est rien d’autre qu’un objet entre ses  mains.  La deuxième solution est en même temps une réponse à Pharaon qui a dit : «  Qui est Dieu pour que je lui obéisse?  Je ne connais pas D. » Avec Les dix plaies, l’univers entier  saura que L’histoire des Hébreux est providentielle.

b)           Une deuxième explication est avancée pour expliquer que D. durcit le cœur de Pharaon. Si l’on tient compte de la réserve faite à  la promesse faite à Abraham spécifiant, que  sa descendance héritera de la terre de Canaan après quatre siècles d’esclavage dans un pays étranger. Les Hébreux  ne devaient pas sortir d’Egypte. En effet, leur esclavage ne dure que depuis deux siècles. Afin que le délai promis à Abraham soit accompli, il était indispensable que le temps que l’Esclave consacre à son maître Pharaon, soit doublé. C’est pourquoi la souffrance des Hébreux a doublé d’intensité. Ces derniers ont fourni en deux siècles, sur le plan du rendement, ce qu’ils devaient fournir  en quatre siècles. Mais pour parvenir à ce résultat,  il fallait que Pharaon  refuse de les laisser sortir les Hébreux.

Un deuxième thème est soulevé dans notre Sidra. Nous constatons que Pharaon, après quelques plaies, montre une disposition plus nuancée et accepte de laisser partir seulement les adultes et de garder les jeunes en Egypte. Le refus absolu de Moïse nous incite à comprendre la valeur des jeunes. Ils constituent l’avenir du peuple juif. C’est pourquoi tous les efforts dans le monde juif  sont focalisés  sur les enfants. La pérennité du peuple juif occupe la place centrale dans son histoire. Et cette pérennité dépend de  la somme des efforts qui seront investis dans l’éducation des jeunes.

                                                                                             H.H 

 

 
LA SIDRA DE CHEMOTH Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

LA SIDRA DE CHEMOTH

Le titre de cette Sidra  constitue à lui seul tout seul  l’enseignement que nous pouvons en tirer. En effet, nous apprenons que les hébreux qui sont venus s’installer en Egypte, ne se sont pas assimilés à la civilisation égyptienne. Le texte précise : « Ich oubéto baou »ce qui signifie : «  chacun est venu avec sa famille » et cette précision n’est pas fortuite. C’est toute la famille qui a conservé sa spécificité  foncièrement juive. C’est pourquoi le patriarche Jacob s’est inquiété en venant en Egypte de fonder un centre d’études comme l’enseigne le Midrache à propos du verset  » Il envoya devant  Joseph, son frère Judah pour enseigner devant lui à Gochène. » Les Hébreux en arrivant en Egypte, ont eu pour première préoccupation de faire état de leur appartenance à Israël. Il n’était bien entendu dès le départ que la civilisation hébraïque ne pouvait pas s’accommoder avec celle des Egyptiens. Le choix de Gochène, loin de la masse des Egyptiens adorateurs de béliers, n’est pas accidentel. Pour les Hébreux, toute intimité avec les Egyptiens étaye inconcevable.
Nos Sages, à propos de Joseph relèvent le parallélisme entre deux versets. D’une part, on peut lire dans la Sidra : « Joseph était beau de visage et beau dans son aspect » et d’autre part le verset qui dit «  La femme de son maître  jeta son regard sur Joseph » Du rapprochement de ces deux versets, nos Maîtres ont tiré la conclusion suivante : « Joseph  se tirait les cheveux et se rendait le plus agréable possible dans son physique c’est pourquoi il a été puni. La femme de son maître ne cessait pas de le provoquer » Mais le Midrache ajoute : «  Quand Joseph était sur le point de succomber, il apercevait le visage de son père » autrement dit, Joseph, sur le point de céder aux pulsions du mal, était sauvé par la figure de son père qui est la plus représentative des valeurs juives. Par ailleurs il est tout à fait inutile de chercher à paraître et à satisfaire un Ego narcissique. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la réaction de Jacob en voyant Joseph après tant d’années d’absence. Jacob en présence de Joseph prononce une phrase lourde de sens : «  Cette fois je pourrai mourir en paix après avoir vu ton visage car tu es vivant » A partir du moment où un père se rend compte que son fils est appelé à l’immortaliser en ayant suivi sa voie et resté profondément ancré dans la tradition des ancêtres, il pourra quitter ce monde en ayant le sentiment qu’il a rempli son rôle. Que son fils est le  continuateur de toutes les valeurs que la Torah nous a inculquées en dépit du poste élevé qu’il occupe en Egypte. Ce qui revient à dire que Joseph n’avait nullement honte d’affirmer qu’il était hébreu, et au contraire déclarer bien haut qu’il était le fidèle serviteur de la Tradition d’Abraham d’Isaac et de Jacob son père.
Conserver un nom bien  juif, est une garantie  prise sur un avenir. Les Hébreux ont été accueillis an grande pompe en Egypte. Le Pharaon  leur a ouvert son pays et leur a accordé toutes les facilités pour demeurer en Egypte. Mais quand il fallait quitter, il a fallu tout abandonner et partir dans le désert et vivre dans des conditions  inhumaines. Sans la présence de la Providence, les Hébreux n’auraient jamais pu survivre à la traversée du désert. Il en est ainsi avec la Galouth. On est reçu les bras ouverts et tenté par une vie facile et matériellement confortable. Mais quand arrive l’adversité et il faut partir, alors c’est l’errance et la vie de misère.
La leçon de notre Sidra doit toujours être présente à nos yeux. Vivre dans un milieu hostile et préserver son âme de la souillure et du principe du plaisir, n’est pas chose aisée, mais c’est uniquement à ce prix que nous pouvons  garantir notre pérennité. 

                                                                                          H.H  

 
LA SIDRA DE VAYIGACHE Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
LA SIDRA DE VAYIGACHE


Le premier mot de cette sidra  « Vayigache » peut résumer le message qu’elle veut nous transmettre. En effet, ce terme est ambivalent ; il signifie deux concepts antinomiques : le rapprochement et la confrontation. Judah, qualifié par son père de lion, n’est pas la personne qui désespère et abandonne la partie, ce n’est pas pour rien qu’il est le symbole de la royauté en Israël. Cependant, les rapports entre les hommes sont souvent conflictuels, pour  pacifier ces relations, il est  souhaitable que les hommes ne prétendent pas posséder la vérité absolue. Un homme doit savoir se remettre en question et comprendre l’autre. C’est la conduite que Judah  a adoptée  Dans la  sidra  précédente ce même Judah dit à son frère Joseph : « Nous sommes maintenant  tes  esclaves. » Judah adopte une attitude  humble  pour avoir la paix. C’est  là un comportement de rapprochement qui consiste à valoriser l’autre. Mais dans cette sidra  c’est la confrontation qui domine car la paix nécessite deux partenaires équilibrés. La faiblesse favorise la domination.  C’est pourquoi Judah  use de termes qui montrent  à l’autre que ce n’est pas par faiblesse qu’il se présente comme  esclave. Il dit entre autres à Joseph : «  Que ton serviteur fasse entendre une parole aux oreilles de mon seigneur et que ta colère n’éclate pas » C’est une manière de lui dire, qu’il ne supporterait plus désormais des rapports fondés sur la contradiction.  C’est pourquoi il expose avec une clarté remarquable les arguments qui feront céder Joseph. La première partie de notre sidra est un cours magistral de psychologie moderne. Le cours pourrait être intitulé : « Comment annihiler toute résistance chez l’autre ? Voyons les points forts de l’argumentation de Judah. Dans un premier temps il fait preuve d’humilité et de soumission pour satisfaire le narcissisme de son frère. Il lui dira  à maintes reprises, « Mon seigneur » « Je suis ton serviteur », dans un deuxième temps, il relèvera le comportement ambigu de son frère. Et enfin il va le faire vaciller par réminiscences douloureuses qui activeront les émotions. Il lui dira : « Ton serviteur notre père »,  « Notre père nous dit : » Vous savez que ma femme m’a donné deux enfants, l’un a disparu d’auprès de moi » Il ira jusqu’à accuser Joseph d’être la cause de la mort de son père. La conséquence de cette défense magistrale, est le premier verset du chapitre suivant qui précise : « Joseph ne put se contenir, malgré tous ceux qui l’entouraient » « Il éleva la voix avec des pleurs ». Les arguments de Judah ont acculé Joseph à la régression.  Ce dernier se met à pleurer comme un petit enfant. La paix est enfin restaurée. 
Les frères retournent auprès de leur père pour lui annoncer la bonne nouvelle. « Ils lui apprirent que Joseph vivait encore, et qu’il commandait à tout le pays d’Egypte Mais son cœur resta froid, parce qu’il ne les croyait pas. »  On peut s’étonner en constatant que les frères rapportent à Jacob une nouvelle qui en fait ne devrait pas lui faire plaisir. En effet est-ce une bonne nouvelle pour Jacob d’apprendre que son fils est le maître de l’Egypte ? Est-ce vraiment important pour Jacob d’apprendre que son fils est le maître de toute l’Egypte ?  La réponse à cette question  réside dans la manière dont Joseph a formulé le libellé de son annonce. En général quelqu’un qui occupe un poste élevé dans la hirarchie sociale, attribue sa nomination au  roi, au Président du Pays ou à tout autre personnage. Dans notre cas Joseph ne dit pas : « Pharaon m’a confié le poste de Premier ministre » il dit L’Eternel m’a fait maître de l’Egypte. En formulant son annonce ainsi, il voulait               

Lancer un message à son père. Ce message était le suivant : « Je ne suis pas devenu le maître de l’Egypte en faisant des concessions sur mon identité, Je n’ai pas modifié mon comportement, j’ai observé toutes les leçons que tu m’as inculquées, Je suis le maître de l’Egypte, mais tout le pays sait que je suis un  hébreu fidèle à ma Tradition,  fidèle au D. d’Abraham et de Isaac ton père » Ce n’est pas Pharaon qui est à l’origine de son ascension c’est bien D. qui  dirige sa destinée. En effet c’est là une bonne nouvelle pour Jacob. Sachant que son fils est resté ferme dans ses convictions, Jacob ne voit pas pour quelle raison il refuserait de descendre en Egypte. D’autant plus qu’il voit en Joseph un fils qui  lui rappelle sa propre vie. Jacob a passé vingt ans chez son beau père Laban, toute cette cohabitation malsaine aurait dû logiquement entamer les convictions de Jacob et faire de lui un bon idolâtre, Ce fut l’inverse, malgré  un environnement malsain la foi de Jacob est restée inébranlable. Cette fois Jacob a compris que les rêves de son fils se sont réalisés , mais avec cette différence que Joseph reconnaît que l’histoire d’Israël n’est pas événementielle mais providentielle.
                                                                        
                                                                                      Haïm Harboun  

 
LA SIDRA DE MIKETS. Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

PARACHATT MIKETS   ( Genèse
XLI,I- XLIV,17 )

Le Thème principal de notre Sidra a pour propos  les songes. La Bible attribue une certaine importance  aux songes. Les visions sont quelquefois significatives et servent de moyen de communication avec D.
La talmud à son tour  précise à ce sujet : «  Quoique j’aie caché  ma face à Israël, je veux communiquer avec lui par des songes »  (Haguiga,5b) Quant à leur interprétation, elle est le privilège des gens inspirés. La Bible nous fournit  une illustration de cette affirmation. Dans plusieurs  cas qu’elle relate. Le premier cas de communication avec D à travers un songe concerne le patriarche Jacob. Nous voyons Jacob attacher autant d’importance à son rêve qu’à toute autre révélation divine. Il avait l’habitude de communiquer avec D. de différentes manières et ne se méprenait guère sur le sens de ce qui lui avait été confié.(Genèse XXVIII, 12-15 )
Le deuxième cas est celui de Joseph qui ne doute pas de la véracité de ses songes  tandis que Jacob ne semble pas leur accorder toute l’importance voulue. Le Midrache Tanhouma  dit « Joseph n’a été vendu qu’à cause d’un rêve … et  n’est arrivé au pouvoir que grâce à  un songe »
Cependant, le pouvoir d’interpréter un songe n’est pas le lot de tout un chacun. Seuls les personnes  dépourvues d’inspiration divine n’arrivent pas à découvrir le sens caché des songes. C’est le cas de Pharaon  qui a recours aux interprètes. La conduite de Pharaon soulève beaucoup de questions et particulièrement celle-ci : Pourquoi le roi d’Egypte rejette t-il d’emblée l’interprétation des mages tout- puissants et accepte sans hésitation celle de Joseph ? Abravanel estime « que celui qui voit un songe révélateur se trouve momentanément sous l’effet de l’inspiration divine, mais il est impuissant, au réveil, de réaliser les images et les symboles. Ce n’est qu’une interprétation juste qui a le don d’éveiller en lui des réminiscences et de lui rappeler ainsi ce qu’il semble avoir oublié »
On peut compléter cette  analyse d’Abrabanel en disant que Pharaon a été impressionné par la force de persuasion qui émanait des paroles de Joseph. Il admirait aussi en Joseph la force de ses convictions et de sa vérité. Joseph avait compris l’angoisse de Pharaon , qui est à l’origine de ses rêves. Cette angoisse avait pour origine l’obsession provoquée par la phobie de  vivre une année sans le débordement du Nil duquel dépend la vie des Egyptiens. Par conséquent il  avait remarqué en Joseph  quelque chose de rare et de précieux qui conférait à l’entourage un sentiment d’harmonie et surtout de sécurité.
Dans un commentaire rédigé par Madame Krakowski , cette dernière écrit : «  Le rêveur et l’homme d’action représentent deux contrastes, deux oppositions radicales. Le premier reste insensible aux réalités quotidiennes ; les intempéries de la vie n’arrêtent pas l’élan de son esprit et ne l’empêchent pas de viser très haut. Le deuxième ne fixe ses racines que dans le monde du réel ; c’est en lui qu’il puise son courage et c’est à lui qu’il consacre le meilleur de son effort. Ces deux genres de personnes adoptent d’une façon générale des voies diamétralement opposées et n’arrivent pas à trouver un langage commun. »
« C’est cependant une vérité incontestable que le rêve est à la base de tout progrès, le promoteur par excellence de la  réalité en marche. Sans rêves et sans rêveurs nous demeurerions encore, à l’heure actuelle, au pénombre des temps reculés, à l’état des êtres primitifs. »
 Le cas de Joseph ne rentre pas dans le cadre de l’analyse de Madame Krakowski pour la simple raison qu’il  parvenait à conjuguer en lui  deux structures mentales tout à fait antinomiques. D’un côté, Joseph avait un caractère de rêveur et de l’autre, il avait un sens aigu de la réalité qui l’aidait à découvrir le réel dans les chimères. C’est parce qu’il avait réuni en sa personne ces deux  éléments inconciliables qu’il parvenait à avoir une claire vision de l’avenir.     
Pour nous aider à comprendre  la raison pour laquelle Pharaon est satisfait de l’interprétation  de Joseph, on peut citer le principe, émis par Rabbi Eléazar et énoncé par la Guémara, concernant l’interprétation des rêves : « tous les  rêves se réalisent selon leur interprétation » ( Bérakhoth 55b )
Cependant s’il en est ainsi pourquoi seule l’interprétation de Joseph s’est-elle réalisée et pas celle des mages égyptiens ?  Le Midrache Rabba nous propose une mise en pratique du principe de Rabbi Eléazar : «  Il arriva une fois qu’une femme vint chez Rabbi Eléazar en disant : «  J’ai vu en rêve  que la poutre supérieur de ma maison s’était fendue » .Il lui répondit « Tu concevras un enfant mâle, bien constitué ». Elle s’en alla, et il en fût ainsi – ayant refait le même rêve- elle revint, une autre fois, afin de l’exposer à Rabbi Eléazar. Trouvant les disciples de ce dernier assis sans leur maître, elle leur demanda «  Où donc est votre maître ? ». « Expose-nous ton désir et nous y répondrons » lui répliquèrent-ils. « J’ai vu en rêve, leur raconta-t-elle, que la poutre de ma maison s’est fendue ». « Cette femme, affirmèrent-ils enterrera son mari » En les quittant, elle explosa en  lamentations. Rabbi Eléazar entendant son ces plaintes, les questionna… Ils lui avouèrent la chose. « Et bien, leur reprocha-t-il, vous venez de causer la mort d’un homme… Tous les rêves dépendent de leur interprétation. 
Ce midrache évoque un principe psychologique moderne à savoir  l’influence mutuelle entre le psychique et le somatique. Lorsque Rabbi Eléazar annonce à la femme qu’elle mettra au monde un enfant mâle et bien constitué, il a fait ancrer cette idée qui a fait abdiquer à cette femme son libre arbitre. Désormais elle se laissera mener et imprégner par l’explication du rêve prémonitoire. D. dans son respect du libre arbitre, qu’il a accordé à l’être humain , laissera les événements se réaliser conformément à l’interprétation.
En ce qui concerne Pharaon , l’interprétation des devins égyptiens ne lui a pas supprimé son libre arbitre. Il a gardé son sens critique, c’est ce que le midrache veut dire en précisant : « Leurs voix n’entraient pas dans ses oreilles » On ne peut pas considérer un rêve sans tenir compte de son destinataire.
Notre Sidra traite également des relations entre Joseph et ses frères .A ce sujet , une réaction de Joseph paraît hermétique et difficilement compréhensible. Les frères venant de Canaan pour acheter du blé disent à Joseph : « Nous tes serviteurs, sommes douze frères, nés d’un même père, habitants du pays de Canaan, le plus jeune est auprès de notre père en ce moment, et l’autre n’est plus » . A ces paroles Joseph répond : « Ce que je vous ai déclaré subsiste : vous êtes des espions ». La réflexion de Joseph est incompréhensible. Des paroles des frères il n’est pas possible de déduire quoi que ce soit. Pourquoi les paroles des frères inspirent à Joseph  l’idée qu’ils sont des espions ?
D’après Rachi Joseph déclare à ses frères qu’il ne prend pas leurs paroles en considération : « Ce que je vous ai dit subsiste : vous êtes des espions » Selon  Sforno : « Celui que vous prétendez qu’il n’est plus, sans préciser où il se trouve, il est certainement parti porter vos instructions ou se livrer lui même à l’espionnage. » Le commentaire Kéli Yakar dit lui aussi à ce sujet : « Si votre frère, le plus jeune, n’est pas avec vous, c’est qu’il est reparti chargé d’un message secret ; c’est donc uniquement en l’amenant ici que vous pourriez démontrer votre innocence ».
On peut ajouter à ces commentaires que le terme Méraglim n’a pas tout à fait le sens d’espions dans son acception moderne, il pourrait signifier seulement que «  vous n’êtes pas des gens honnêtes et droits , votre conduite cache quelque chose » car comment savez-vous qu’un de vos frère n’est plus ? Personne n’a  vu ce frère mort. Puisque je suis en face de vous »
 En les traitant d’espions ,Joseph voulait leur donner une leçon de morale, à savoir : toute affirmation  doit d’abord être confirmée et la parole est un instrument à double tranchant. On peut l’utiser pour le mensonge comme pour dire la vérité. En l’occurrence les frères de Joseph ne pouvaient pas affirmer que Joseph était mort. 
                                                                                                                                     
                                                  Rabbin Haïm Harboun

 

 

 

 

 
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